mercredi 12 novembre 2014

Respect de soi et engagement professionnel


Plongée dans mes lectures sur le burn out professionnel, je vous fais part d'un texte sur l'épuisement professionnel de Peters et Mesters (2007 : 8-9) qui laisse à réfléchir. Dès les premières pages, le ton est donné. En voici un extrait:


"Soupçonné parfois par les instances de contrôle d’exagérer leurs plaintes et de profiter des largesses du système, les personnes en burn-out passent de main en main, de traitement en traitement et de contrôle en contrôle. Jusqu'au jour où, soit la catastrophe surgit sous forme de crash mental ou physique, soit par chance, elles rencontrent un professionnel de la santé qui leur intime avec force de taire les scrupules qui les habitent et de s'accorder une pause.
Car, de l'infirmière en salle d'opération au cadre supérieur, de la secrétaire de direction au policier consciencieux, le burn out n'affecte que les élites, c'est-à-dire les professionnels qui embrassent leur métier avec idéal et générosité. Il s'agit de personnes qui croient en la plus-value qu'ils apportent à l'entreprise, l'organisation ou le système qui les emploient. Aveuglé par la conviction et l'enthousiasme, ils peuvent déplacer montagnes, projets et fortunes.
Avant la débâcle, le candidat au burn out est une aubaine pour les entreprises. Excellent professionnel, il brûle d'un feu céleste et se nourrit de l'air qui fait les champions. Il se mesure aux défis, tire des plans sur des comètes qu'il habite. Manager, il est reconnu pour son savoir-faire et son enthousiasme.
Médecin, infirmière, infirmier ou psychothérapeute, c'est un excellent soignant, prenant le malade et la maladie à bras le corps, reculant ainsi les limites de la souffrance. Travailleur social, il se dévoue et fait front, allant au-devant des adversités. Enseignant, il croit au sens de sa mission dans des conditions contraignantes. Ministre du culte, il est soulevé par la foi et ses œuvres. Policier, il est mu par le désir sincère de prêter assistance et de défendre les valeurs de justice. La liste est longue de ces hommes et femmes qui y ont cru un jour, et qui, au fil du temps, ont vu la flamme s'éteindre à force d'avoir été négligée, conséquence d'un aveuglement et non d'une déficience de compétence professionnelle.
Leur capacité de rebondir les rendait confiants au point de surfer sur les ornières et de laisser sur place les fatigués, les épuisés, ceux qui s'asseyent au bord de la route simplement pour souffler pendant qu'eux-mêmes sacrifient vacances et repos au nom d'une impossible mission.
A force de flirter avec les limites et de les défier, la vie leur renvoie soudain un coup de patte salvateur. Encore faudra-t-il en détecter le souffle, en accepter la réalité, et en tirer les conséquences, à savoir : accepter de s'échouer et de se poser."
(Peters & Mesters, 2007 : 8-9)
Enthousiasme, passion, conviction, plus-value, fortune, débâcle, aubaine... Souffle, coup de patte, s'échouer, se poser... Des mots aux sons forts qui nous donnent l'occasion de s'arrêter sur soi et ses valeurs au travail, et qui me guident vers la question suivante :

Comment, tout en gardant la passion et la conviction, tout en gardant cet engagement nécessaire au monde, comment rester pleinement engagé professionnellement sans se perdre dans cet engagement? Quel est ce point de limite, ce point de rencontre entre l'engagement nécessaire et le respect de soi, de son bien-être personnel? Notre monde a besoin de personnes engagées, alors, où se situe ce point sur lequel être vigilent dans son rapport à soi et au monde, y compris à soi et à sa vie professionnelle? En d'autres termes, comment, en trouvant son sens au travail, ne pas se perdre dans ce sens donné?

Liens vers Inquiry asbl:
1) Ateliers de prévention du burn-out: "Ateliers anti-burn out"
2) Formation "Apprivosier son stress au travail"


Référence

Peters, S. & Mesters, P. (2007) Vaincre l'épuisement professionnel. Toutes les clés pour comprendre le burn out. Robert Laffont: Paris.

mercredi 9 juillet 2014

Diables Rouges et Coeurs de Belges...

Le lundi 07 juillet 2014, je rencontre les Diables Rouges. La nouvelle tombe à la radio vers 15h45...  l'équipe nationale saluera le public après une petite visite au Palais. J'attrape mes appareils photos, mon magnétophone et embarque mon sac à dos pour une expédition dans le centre de Bruxelles.

Par je ne sais quel heureux hasard, je me retrouve au premier rang, juste derrière les barrières nadar. Autour de moi, on m'aide à prendre des photos, on veut tenir mon sac, mes affaires... On me gribouille des adresses emails sur des petits bouts de papiers... "pour avoir les photos".

Je suis là dans la foule... un bain de foule légère, sereine, une joie presque solennelle est présente dans le public. Les gens veulent juste dire merci. Moi je suis là pour prendre des photos, des photos de cela. De cet évènement-là. quand même assez unique. Je suis aussi là pour m'inspirer un peu plus des Diables. Moi qui n'y connais rien au foot... j'y connais quelque chose à la motivation... je sais le pouvoir de l'intention sur un groupe d'enfants, d'étudiants, sur des équipes de travail.

Cette puissance-là m'interpelle... me titille les cellules cérébrales. Au-delà des observations scientifiques, au delà du talent des joueurs, du travail intensif des compétitions sportives et leurs lots de sacrifices, le pouvoir de l'intention défie les pronostics et les statistiques. Il y a quelque chose en plus. Une force, une intention toute particulière et cela le coach de l'équipe nationale des Diables Rouges l'a très bien compris.

En tant que chercheuse et en tant qu'observatrice de ce qui se passe - ni plus, ni moins - je suis évidemment énormément interpellée.

Je voulais donc rencontrer les Diables Rouges en vrai. Pour, par delà les écrans de télévisions et les adaptations journalistiques, expérimenter de près cette sérénité et cette force particulière qui emmènent un groupe de jeunes hommes aussi loin dans une compétition internationale.

Dans mon dos la foule chante... "tous ensemble, tous ensemble"...

Et puis Coach Wilmots se met à parler:
"Moi ce que je voudrais vous dire tout simplement, c'est qu'il y a eu les résultats mais il y a surtout eu un coeur énorme. Enorme. (...) On dit toujours "tous ensemble" et aujourd'hui c'est la plus belle chose que l'on a réussi: c'est de rassembler le peuple derrière son équipe nationale. Je vous remercie beaucoup pour ça. Hartelijke bedankt aan iedereen! Merci."
Voici une des réponses. Un homme, accompagné d'une équipe de choc et de jeunes qui en veulent, s'est battu pour son pays. A l'heure où les partis séparatistes et la NVA s'entêtent à nous morceler, les Diables Rouges et Coach Wilmots nous réparent.

A l'heure où le leader de la NVA crie haut et fort sa xénophobie, une équipe de joueurs représentant chacun une tranche de l'histoire de la Belgique s'assemble et nous rassemble.

Alors pour tout ça bedankt, merci d'avoir touché nos coeurs de Belges les Diables.

mercredi 4 juin 2014

Les manipulateurs sur nos lieux de travail

Il y a quelques années, j'avalais en quelques jours un livre qu'une de mes collègues à l'Université de York avait - par je ne sais quelle stratégie savamment étudiée - réussi à en imposer la lecture à l'ensemble des membres de  notre département. Cet ouvrage est "The no asshole rule: building a civilised workplace and surviving one that isn't", de Robert Sutton (2009) et je vous en recommande la lecture.

J'avais été fascinée par la manière dont l'auteur affirmait haut et fort avoir décidé - en tant que directeur de département d'université américaine - d'appliquer une tolérance zéro à l'égard des travailleurs, employés, collègues rendant la vie impossible aux autres sur leur lieu de travail.

J'avais aussi observé comment, cette collègue intelligente et ferme, chez nous, à l'Université de York, avait réussi à démasquer, voir mettre par terre, les intentions et plans les plus vils de certains membres du département, à force de conviction, d'obstination et de stratégies vraiment bien réfléchies.

Elle appliquait le livre qu'elle avait réussi à tous nous faire lire et, grâce à une sage coordination avec certains collègues sélectionnés avec soin, elle réussissait à rendre notre environnement de travail agréable, transparent... normal. Cela m'a pris plusieurs années pour comprendre que c'était grâce aux attitudes de cette collègue que mon espace de travail à l'Université de York était naturellement protégé des manipulateurs.

C'est donc plus tard, après cette expérience fabuleuse chez les Anglais que je m'intéresserais aux phénomènes des manipulateurs sur les lieux du travail, pour en avoir fait les frais personnellement une fois revenue en Belgique, et pour avoir observé certains de mes collègues en faire les frais également.

Qui sont les manipulateurs et comment s'en protéger? Pourquoi réussissent-ils/elles à faire carrière, malgré leurs faibles compétences professionnelles? De même, comment se hissent-ils en haut de l'échelle sociale, comment parviennent-ils à acquérir certains pouvoirs, aux dépens des autres autour d'eux, alors qu'ils/elles ont pourtant des comportements profondément pathologiques, toxiques, voir, dangereux pour les sphères au sein desquelles ils/elles prospèrent ?

Comment ces personnes se nourrissent-elles des gens autour d'eux, souvent, des collègues, égaux ou subalternes, terriblement compétents, consciencieux, souvent dotés d'un sens éthique, moral et professionnel plus élevé que la moyenne des travailleurs (Nazare-Aga, 1997)?

Comment pouvons-nous dans un premier temps, les identifier et ensuite, s'en défaire pour qu'elles/ils cessent de faire du tort? Quels sont les outils qui s'offrent à nous, mais aussi, comment construire des alliances pour s'en protéger, les neutraliser?

Comment, pouvons-nous en tant que citoyen actif dans la société, ne pas nourrir les manipulateurs, ne pas leur donner des occasions de grandir ou de s'élever aux dépens des autres?

Les statistiques montrent qu'il y aurait 2 à 3 % de vrais manipulateurs dans la population (Nazare-Aga, 1997). Quand on parle de manipulateur, utilisant les définitions établies en la matière, il est important de noter que ces personnes répondent au moins à 14 caractéristiques sur 30 caractéristiques précises (Nazare-Aga, 1997).

En général, si vous avez eu ou avez un(e) supérieur(e) hiérarchique ou un collègue manipulateur ou manipulatrice, vous détecterez très clairement ces caractéristiques, que vous pourrez d'ailleurs illustrer de nombreux exemples. Dans certains cas, c'est tout un système organisationnel qui entretient des manipulateurs en son sein, sans vouloir intentionnellement nuire aux travailleurs y appartenant.

Bien sûr il n'est pas possible de répondre à toutes ces questions en un billet. Dans un premier temps, pour plus d'informations, vous pouvez visiter le site d'Isabelle Nazare-Aga, lire son Best Seller "Les manipulateurs sont parmi nous" (1997) et visionner la vidéo de présentation de ses observations en cliquant sur ce lien. Je rédigerai par la suite d'autres billets répondant à certaines de ces questions et analyserai concrètement certaines situations  sur la thématique.

Les relations professionnelles avec les manipulateurs peuvent être lourdes et graves de conséquences (personnelles et individuelles au niveau du travailleur et de ses proches, organisationnelles au niveau de l'organisation, sociétale et institutionnelle si on tient compte du fait que les organisations et leur bonne santé contribuent favorablement à une société plus saine également). Le phénomène est dès lors assez large et conséquent pour que l'on s'y intéresse de près et s'y attarde.

De même, j'ai observé que les manipulateurs sont presque toujours à l'origine des cas et des situations de harcèlement moral, qui apparaissent souvent comme étant très complexes, nébuleuses, intriquées. En observant les situations de harcèlement moral via la problématique des manipulateurs, ces dernières en deviennent plus claires et il devient alors plus aisé d'en identifier les noeuds, les points d'accroche et de dysfonctionnement. A partir de cet endroit là, les solutions pour dissoudre une situation de harcèlement moral apparaissent plus clairement également.

26.09.2014
Séminaire formatif "Les manipulateurs sur les lieux du travail"
Infos et inscriptions sur le site d'Inquiry

Références:

Nazare-Aga, I. (1997) Les manipulateurs sont parmi nous. Les Editions de l'homme: Paris.
Sutton, R. (2009) The No Asshole Rule. Building a civilised workplace and surviving one that isn't. Hachette: London. 




samedi 10 mai 2014

Prémices d'une recherche sur le burn-out

Je reviens d'un Lab'Insight, une table ronde / conférence interactive sur le burn-out. Des mots fusent dans tous les sens: compétences émotionnelles, prévention, organisations débordées, travailleurs surpris, lois, risques psycho-sociaux, techniques de gestion du stress, tabou, perfectionnisme, harcèlement moral...

J'ai plusieurs questions. Quelle est la corrélation (le lien statistique) entre burn-out et harcèlement moral? Comment l'Université de Namur, qui a un centre de recherche sur le bien-être au travail, prend-elle soin de ses propres travailleurs? Peut-on parler d'une si grande place aux compétences émotionnelles, lorsque le burn-out est partout et que l'on observe non seulement un effondrement de travailleurs hyper compétents, mais également un bouleversement des organisations elles-mêmes et du monde du travail?

Au cours des échanges, une conseillère en prévention explique ne plus savoir faire face à l'épidémie de burn-out dans son organisation. D'une voix émue, un homme se lève et témoigne : "cadre dans une grande administration bruxelloise, je vis actuellement un burn-out"... Plus tard, à la pause déjeuner, je parlerai avec une ouvrière d'une filiale alimentaire fort connue en Belgique, qui évoquera sa faible marge de manoeuvre en tant que travailleuse précaire au bord de l'épuisement professionnel.


L'heure belge en est aux nouvelles lois sur les risques psychosociaux, le stress au travail et le burn-out. On évoque aussi de plus en plus un bouleversement lié à un changement de système économique et sociétal (voir le site de la Fondation "Ceci n'est pas une crise" et les théories de Spiral dynamics). 

En fait, sur le site de la fondation Ceci n'est pas une crise, on peut même lire: "Ce que les sociétés occidentales sont en train de vivre est un changement aussi profond que la transition de la société agricole à la société industrielle" (Benoît Scheuer). 

A travers ces questionnements et évocations sur le burn-out individuel, organisationnel et les changements sociétaux, je développerai les points de départ de la recherche et du projet sur le burn-out.


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